FICHE ELEVAGE

Rafael LAFFITTE y CASTRO

Plan : 03.01



Fils de l'important éleveur de bravos Rafael LAFFITTE LAFFITTE, et donc neveu de son frère et successeur, Julio LAFFITTE LAFFITTE -ces liens de famille facilitent les échanges de bétail discrets ; chose d'autant plus facile que tout le monde est sévillan-, Rafael LAFFITTE y CASTRO crée son élevage en 1869 [et non 1870 comme on le dit souvent ; cf. le N.B._ dans la fiche de cet éleveur], en achetant celui du cordouan Rafael José BARBERO : du jijón croisé avec quelques étalons cabrera. Voici l'apparition de la branche "ajijonada" du pablorromero dans laquelle le pelage dominant est le colorado encendido.
L'élevage fait rapidement parler de lui. Le 24 juin 1873, au Puerto de Santa María, le toro "VALIENTE" (ou "RENCO" ?), berrendo (en ?...) alunarado inflige une cornada mortelle à la jambe de l'infortuné banderillero cordouan Rafael BEJARANO y VIVAR "EL CANO" qui, ce jour-là, faisait fonction de matador à la place de son compañero Juan YUST : le toro lui traverse la jambe et introduit dans la blessure des esquilles de la barrière, quelques jours plus tard le tétanos se déclare, et il meurt le 4 juillet. C'est depuis cette date que l'élevage fait parler de lui, tant chez les toreros que chez les aficionados. L'appréciation des toros n'est pas, à l'époque, ce qu'elle est aujourd'hui : la sauvagerie compte plus que la bravoure et la noblese épurées du XXIe siècle...
Lors de la feria d'avril 1874, à Sevilla, le 19 on combat des toros de Rafael LAFFITTE y CASTRO, annoncés comme précédemment de Rafael José BARBERO. Les matadors sont Manuel FUENTES "BOCANEGRA" y Rafael MOLINA "LAGARTIJO". Quelques jours plus tard, dans la corrida concours du 26, il y a aussi un toro de Rafael Laffite y Castro.

En raison des excellents résultats obtenus, semble-t-il, par le croisement gallardo X vázquez effectué par José BERMÚDEZ REINA -et déjà, sans doute par le duc de SAN LORENZO avant lui-, fin 1874 Rafael LAFFITTE y CASTRO achète son élevage et l'incorpore dans celui qu'il possède déjà. Sans le savoir, voici qu'il réalise la réunion d'à peu près tous les "ingrédients" de l'un des plus prestigieux encastes de l'histoire ganadera : le futur encaste pablorromero. C'est pourquoi on parle ici d'encaste pré-pablorromero.
Ainsi, à partir d'achats successifs et sans avoir fourni encore le moindre effort de sélection comme ganadero, Rafael LAFFITTE y CASTRO devient-il, fin 1874, propriétaire d'une ganadería tout à fait singulière qui réunit les castes vazqueña, gallarda, navarra, jijona et cabrera. Devant un tel mélange d'origines et de fers, il adopte un jugement de Salomon : il maintient la devise originelle de chacun de ses toros et rend ainsi manifeste leur élevage de provenance... mais non leur caste, puisque les croisements sont déjà bien avancés dans chacune de ses 2 branches.
L'ancienneté de son fer à Madrid n'est pas très claire.
Le 28 décembre 1879, à Sevilla, est donnée une corrida de bienfaisance au bénéfice des sinistrés des inondations d'Alicante, Murcia et Almería ; les 6 toros sont offerts par les ganaderos. Le 2e, porteur d'une devise blanc et noir, est de Rafael LAFFITTE y LAFFITTE, le père de notre ganadero. Le 4e, avec devise rouge et blanc, est de Rafael LAFFITTE y CASTRO ; il est estoqué par Rafael MOLINA "LAGARTIJO".
Malheureusement, Rafael LAFFITTE y CASTRO, absorbé par ses multiples occupations, particulièrement politiques, ne suit pas convenablement la ganadería et elle périclite. Il ne se préoccupe pas de sélection. Au campo, mâles et femelles sont mêlangés, et l'on sait qu'à trois ans au plus tard, ils sont capables de se reproduire ! Le public veut des toros forts : la robustesse des anciens gallardo liée à la charpente des cabrera comme des jijón convient parfaitement. Mais en quelques années, la décadence est telle que l'élevage perd l'essentiel de son prestige : tant d'années de travail gâchées par incurie... ce ne sera pas la denière fois, hélas ! dans l'histoire ganadera. Il semble que le ganadero essaye un temps de redresser la barre, mais en vain. C'est pourquoi Rafael LAFFITTE y CASTRO vend à Carlos CONRADI GALÍN (2), en janvier ou février 1885, un élevage de grand renom mais très négligé ; il ne fera que transiter quelques mois par CONRADI, c'est le sévillan Felipe PABLO y ROMERO qui le relèvera... ou/et le fera croire !

Cependant, jusqu'au bout, cela n’empêche pas LAFFITTE de sortir de temps en temps de grands toros, ou des toros qui font parler d'eux ! La négligence n'a pas totalement aboli la caste originelle. N.B._ Sur l'histoire des piques et le pourquoi de tant de massacres de chevaux, on lira avec intérêt l'enquête d'André VIARD dans le N°19 de TERRES TAURINES, octobre 2008.
- "TROMPETERO", le 29 de avril 1872, à Jerez de la Frontera (Cádiz), prend 26 piques et tue 7 chevaux : le public sollicite sa grace en raison de sa bravoure, et il l'obtient.
- "CHATO", d'origine HIDALGO BARQUERO (par Rafael José BARBERO BLANCAS) et porteur d'une devise vert, blanc et rouge, le dimanche 2 juin 1872, à Madrid, vient 13 fois au cheval et en tue 9. Bernardo OJEDA, qui se trouve là en tant que compatriote du ganadero, demande et obtient l'autorisation de banderiller ce toro : il est pris cpectaculairement et gravement blessé.
- "PARRILLERO", le 20 avril 1873 à Sevilla, est brave et noble ; il affronte le picador... 39 fois ! tuant 8 chevaux et en blessant mortellement 4 autres.
- "VALIENTE", le 24 juin 1873 au Puerto de Santa María (Cádiz), donne une cornada au mollet gauche de Rafael BEJARANO "EL CANO" ; la blessure s'infecte et il meurt quelques jours plus tard. Voilà pourquoi on a élevé une statue à l'honneur d'Alexander Fleming pour sa découverte de la péniciline...
- "SARTENITO", le 31 octobre 1875 à Madrid, prend 7 piques pour autant de culbutes, et tue 5 chevaux. A partir de ce toro, on aimerait savoir ceux qui viennent de Rafael José BARBERO et ceux qui viennent de José BERMÚDEZ REINA...
- "GALLITO", le 17 avril 1876 à Madrid, est brave et combattif ; 11 piques et 6 chevaux.
- "CADETE", le 4 juin 1876 à Madrid, prend 18 piques, tue 4 chevaux et, au lieu de se réserver comme beaucoup à cette époque, il va a más, donnant un magnifique combat des les 3 tiers.
- "ARRIERO", le 22 août 1877 à Bilbao, prend 18 piques sans jamais se détourner du piquero et tue 8 chevaux. Rafael MOLINA "LAGARTIJO" fait une faena mémorable couronnée par une grande estocade... dont le 1er "Calife" de Cordoue n'est pas coutumier, et dans laquelle il est pris sans conséquence grâce à sa sérénité.
- "CHAMORRO", novillo, le 28 avril 1878 à Madrid, est lidié par le jeune madrilène de Torrelaguna Valentín MARTÍN ; il reçoit une grave cornada à l'estocade, mais elle roule le toro.
- "BIZCOCHERO", le 7 septembre 1879 à Madrid, secoue d'importance Salvador SÁNCHEZ "FRASCUELO" quand il entre a matar ; il subit une grave lésion au thorax, diverses contusions et la perte d'une dent. - "CORCITO", le 4 avril 1880 à Grenade, prend 14 piques en ne cessant pas de recharger, et tue 4 chevaux.
- "ABEJARRUCO", le 29 avril 1880 probablement à Jerez de la Frontera (Cádiz) : le banderillero madrilène Mariano TORNERO SERISOLA, dans la cuadrilla de Salvador SÁNCHEZ POVEDANO "FRASCUELO" en remplacement de Pablo HERRÁIZ, est accroché à la sortie d'une paire, jeté en l'air et cornéé au sol ; il reçoit un sérieux coup de corne devant et au milieu de la cuisse droite, près de l'aine. Transporté à Madrid, il a la chance de se remettre rapidement. _ Selon une autre chronique, la blessure serait carrément dans l'aine, le toro serait de Rafael José BARBERO [compréhensible puisque Rafael LAFFITTE aime indiquer l'originer de ses toros !]... et il s'agirait des arènes de Cádiz.
- "PORTUGUÉS", le 14 août 1882 à Bilbao, blesse gravement à la cuisse droite le chulo de banderillas [celui qui fait passer les banderilles aux banderilleros] des arènes, Manuel LÓPEZ "NELÚ", al darle una cornada en el muslo izquierdo.
- "MANCHEGO", le 20/29 avril 1883 à Jerez de la Frontera (Cádiz), pre,nd 15 piques et tue 7 chevaux.
- "VISTAHERMOSA", colorado retinto lucero, et bizco de la corne droite, la même année et dans les mêmes arènes [le même jour ?], supporte 23 piques et tue 7 chevaux. Touché par sa bravoure, le public demande son indulto, et finalement la présidence accède à son désir [elle refuse, dit un autre chroniqueur, et elle essuie une énome bronca...].
Attention._ Il ne faut pas confondre les LAFFITTE ganaderos. Il y a : Rafael LAFFITTE y LAFFITTE, père de Rafael LAFFITTE y CASTRO (empresa des arènes de Sevilla avec Bartolomé MUÑOZ PICHARDO)... Julio LAFFITTE y LAFFITTE (frère et successeur du premier ; oncle du second)... Julio LAFFITTE y CASTRO (1er conte de Lugar Nuevo, frère de Rafael)... et enfin la "Testamentaría de Julio LAFFITTE y CASTRO". Ce qui complique la lecture des chroniques du temps, c'est qu'elles se limiotent généralement à dire toros de Laffitte, sans plus ; il faut donc faire attention aux dates.


Les événements


Date : 1869
Date : entre 1869 et 1870
Date : 1874
  • Cession de bétail :
    L'élevage José BERMÚDEZ REINA vend à l'élevage Rafael LAFFITTE y CASTRO la totalité de ses têtes de bétail (encaste gallardo).

  • Cession de bétail :
    L'élevage José BERMÚDEZ REINA vend à l'élevage Rafael LAFFITTE y CASTRO la totalité de ses têtes de bétail (encaste vázquez).
    Vu la relative confusion qui règne sur les sources, la composition et la conduite de l'élevage de José BERMÚDEZ REINA et vu sa courte durée, on ne considère pas ici qu'il crée un encaste. C'est pourquoi, de façon un peu fictive, on répartit la vente à Rafael LAFFITTE y CASTRO en deux lots : l'un gallardo (au moins 73 vaches) et l'autre vázquez (au moins 200 toros), tout en sachant que le mélange est plus que commencé, et en négligeant la petite part possible de sang hidalgo barquero (1) [du vistahermosa de premier choix X {vistahermosa X cabrera} X 2 étalons vázquez] qu'avait introduit le Duc de SAN LORENZO en 1866 : ce sang éventuel apporterait seulement aux futurs pablorromeros une infime pointe de vistahermosa et/ou de sang cabrera [de toute façon, il en sera apporté une pointe ultérieurement.]. _ Cette vente se situe fin 1874, mais ni le jour ni le mois n'en sont précisés.
    Certains disent que Rafael LAFFITTE y CASTRO achète seulement 200 toros ; voilà qui semble un peu étrange : pourquoi seulement des toros ? et comment LAFFITTE y CASTRO pourrait-il dire ensuite qu'il a trouvé 73 vaches gallardo dans son achat ?!... Cette hypothèse est évidemment écartée ici. Mais on voit le manque de rigueur des commentateurs, y compris par rapport à eux-mêmes...


Date : 01/1885