FICHE ENCASTE

vázquez

Constitution de l'encaste : 1737/1755



On pense que la caste ou racine (raíz) vazqueña, initiée par Gregorio VÁZQUEZ, réunit, sur une base "frailera", les caractères du bétail de ULLOA, CABRERA et BÉCQUER (eux-mêmes d'origine frailera mais déjà typés les uns par rapport aux autres). La majorité des études sur ce sujet considère que la naissance de cette caste fondamentale procède d'un amalgame de tout ce bétail. On voit ici en en-tête le toro negro "YEGUERIZO", de Pablo BENJUMEA, lidié à Madrid le 16 juin 1904 par "BOMBITA" ; il ressemble beaucoup aux toros vazqueños que l'on peut voir peints dans les collections de ganaderos historiques comme Fernando PALHA. On notera combien les toros de cette époque, nourris uniquement d'herbe, sont moins "pleins" que ceux d'aujourd'hui ; que l'on en juge en comparant avec ce rondouillard, conchysierra typique, de 1998, dont la position et le port de tête sont assez comparables.
Pour le détail de la formation de cette caste, on se reportera à ses deux étapes : dans l'élevage de Gregorio VÁZQUEZ d'abord, puis dans celui de son célébrissime fils, Vicente José.

Caractéristiques du toro vazqueño :
° Pelages fondamentaux : dès le début, en raison de la diversité de leurs origines, les toros vazqueños sont réputés pour la diversité spectaculaire de leurs pelages. On y trouve absolument toute la gamme : ensabanado, jabonero claro, sucio et barroso, cárdeno claro et oscuro, colorado de toute espèce dont retinto, castaño, berrendo en negro, en colorado, en castaño, en cárdeno, en jabonero, en tostado, et parfois même en salinero ou en sardo, sardo, salinero, tostado et negro.
[Certains pensent que les pelages dominants chez Gregorio seraient le jabonero et la diversité des colorado (melocotón et encendido surtout). Cette donnée ne paraît pas très attestée et semble davantage liée à l'époque actuelle (voir ci-dessous) ; en tout cas, elle ne saurait exclure la grande diversité d'ensemble, attestée par tous les auteurs. On peut s'en faire une idée à travers cette vue du troupeau de vaches de Fernando PALHA, au début des années 2.000.]
On notera qu'au bout de 170 ans de séparation entre les 2 branches vazqueñas, veraguas et conchysierras présentent certaines différences. Dans la branche veragua, les pelages jabonero dans toute leur diversité (albahío, jabonero claro, jabonero sucio, barroso, et même perlino _ ce joli novillo... de CONCHA Y SIERRA ! semble pourtant l'être, à moins que la photo ne soit trompeuse ?... _) et les negro sont devenus dominants ; c'est ce que l'on voit en particulier chez PRIETO DE LA CAL, où domine largement le jabonero, par exemple avec ce superbe toro. Tandis que les colorado, castaño, berrendo aparejado en negro, en colorado, en cárdeno et en jabonero, sont généralement moins fréquents (... mais ce n'est pas du tout le cas pour les berrendos chez Fernando PALHA, comme le montre l'image du troupeau de vaches ci-dessus). De même, les ensabanado (même exception chez Fernando PALHA), cárdeno et colorado melocotón. Par contre, les sardo et les salinero ne se voient presque plus chez les veragua actuels ; on ne les voit guère plus que chez miura, probablement par cabrera. Toutefois après 2.000, on revoit une résurhgence des pelages sardos dans le núñez... probablement par le sang cabrera (voir la notice de l'encaste núñez).
Dans la branche conchysierra par contre, les pelages les plus significatifs sont les salinero, les sardo et les negro. Abondent aussi les cárdeno, les colorado, les tostado, les castaño et les berrendo (habituellement capirote). Les ensabanado de cette branche, cependant moins nombreux, sont particuliers eux aussi : ils ont les oreilles noires... particularité qui n'a pas de nom ! Quant aux colorado melocotón, ils sont très rares ; et les jabonero inexistants sauf exception.
° Particularités de pelage : vu la diversité des pelages, il ne fait aucun doute que les particularités existent toutes ! A tel point que bien peu se donnent la peine de les mentionner... On peut même de trouver des particularités de pelages si originales qu'elles sont difficiles à décrire dans les catégories habituelles. Cette variété, dûe à la grande diversité des origines [mais sont-elles si différentes de celles du vistahermosa ?...], fait qu'il est quasi impossible de rencontre 2 toros ayant exactement le même pelage. Toutefois, on note chez les berrendo les types aparejado et capirote, alors que le type remendado est rare. D'autre part, on note dans les particularités générales une certaine fréquence des alunarado, aparejado, chorreado en morcillo et en verdugo, entrepelado, mosqueado, nevado et salpicado ; les anteado, lavado, burraco et estornino sont plus rares. _ Dans les particularités de la tête et du cou, on note surtout capirote, caribello et gargantillo, ainsi que toutes les taches blanches de la tête (careto, estrellado, facado, lucero), toutes les particularités des yeux (ojalado, ojinegro, ojo de perdiz, zarco) et toutes celles de la bouche (bociblanco, bocidorado, bocinegro). Les carifosco sont nombreux et, parmi eux, les astracanado ne sont pas rares ; mais cette particularité est plus fréquente chez les mâles. _ Quant aux particularités du tronc, les plus fréquentes sont bragado, bragado corrido, axiblanco et meano ; mais les albardado, aldinegro, girón et lombardo ne sont pas rares... tandis que les aldiblanco et les cinchado sont occasionnels. _ Aux extrêmités, abondent les botinero et les calcetero, tandis que les calzón sont moins fréquents ; cependant on trouve aussi des coliblanco, rabicano et rebarbo.
On notera qu'au bout de 170 ans de séparation, les veragua et les conchysierra présentent certaines différences. Dans la branche conchysierra, les taches blanches dominent beaucoup plus ; abondent en particulier les salpicado, et dans une moindre mesure les lucero et estrellado, les careto, gargantillo, girón, calcetero et coliblanco. On notera que les taches, blanches ou noires, sont souvent à la fois si rondes et réparties d'une manière si particulière qu'elles identifient presque à coup sûr l'origine d'un toro : tels ce castaño salpicado et, surtout, ce burraco ou berrendo en negro, selon que l'on opte pour le décrire dans l'une ou l'autre catégorie.
° Cornes : les cornes sont bien développées (mais les photos, peintures et gravures anciennes montrent souvent des cornes assez courtes, que l'on retrouve souvent chez les Prieto de la Cal), de grosseur moyenne et de colorations diverses, avec pour dominantes : astisucio et astinegro chez les astiblanco ; astiacaramelado chez les jabonero et les colorado). Les cornes hautes ou en forme de crochet abondent, et elles se terminent fines ; pour autant, les bien armé, veleto, cornidelantero, corniapretado et abrochados sont loin d'être rares.
On notera qu'au bout de 170 ans de séparation, les veragua et les conchysierra présentent certaines différences. Dans la branche conchysierra, les armures sont généralement plus cornalón et veleto comme chez ce toro algo burraco ou chez celui-ci. Chez les veragua, dominent les armures en forme de crochet et de longueur moindre comme chez ce beau jabonero ou chez l'un de ses frères, de PRIETO DE LA CAL. Par contre, chez Fernando PALHA, les armures sont généralement conséquentes : voir ce bel ensabanado capirote en jabonero.
° Morphologie : ces toros sont de taille moyenne, larges, musclés et de type un peu épais. Leur peau est plus grosse que la moyenne et couverte de poils longs et souvent très frisés. Ils transmettent une impression de sérieux, dans laquelle les poils frisés de la tête et le regard ne sont pas pour rien. La tête est assez volumineuse, large et souvent allongée, avec un profil droit ou légèrement acarnerado (légèrement convexe, comme chez les moutons). Les yeux sont grands, et particulièrement voyants chez les bêtes claires, surtout les jabonero, en raison du contraste entre le pelage et la noirceur des yeux, ce qui les rend apparemment plus grands et plus impressionnats. Le cou est de longueur moyenne, mais certains exemplaires l'ont plus court que la moyenne. Le morillo est habituellement bien développé, saillant et abondament frisé. Le fanon est de développement moyen (mais plus grand chez le conchysierra, sans toutefois atteindre la taille du parladé). Le tronc est large et la poitrine profonde : le tiers antérieur domine sur le postérieur, pourtant musclé ; la ligne dorso-lombaire est droite ou légèrement ensellée ; la croupe est large et arrondie (voir photo qui suit) ; vu de derrière, le jaret paraît souvent trapu, comme chez ce novillo de Fernando PALHA (c'est un trait que l'on retrouve aujourd'hui chez certains toros de Juan Pedro DOMECQ SOLÍS : est-ce significatif ?) ; le ventre est notablement volumineux, comme chez ce toro de PRIETO DE LA CAL. Et comme on le voit sur cette même image, les extrêmités sont assez courtes, larges, fortes, et la queue longue, de grosseur moyenne, avec un toupet bien fourni. L'ensemble donne un toro corpulent, beau à voir, de bon trapío ; il a une allure de toro à l'ancienne, tout en n'ayant pas l'impressionnante sauvagerie du miura.
On notera qu'au bout de 170 ans de séparation, les veragua et les conchysierra présentent certaines différences. Dans la branche veragua, les toros sont un peu plus fins de type et de taille plus petite ; tandis que les conchysierra sont plus hauts, de type plus épais et généralement aleonados (tiers avant dominant le tiers arrière, comme chez le lion : c'est le type originel du toro) : on le voit bien sur celui-ci.
° Comportement : les ganaderos actuels sont unanimes à dire que leurs vazqueños ont une agressivité naturelle marquée et qu'ils sont d'un maniement difficile au campo. La réputation habituelle de ce bétail n'est donc pas surfaite. C'est à partir de leur troisième année qu'il deviennent plus batailleurs entre eux, comme la majorité des toros de lidia ; mais leur développement précoce et leur corpulence les pousse très tôt à mesurer leurs forces à l'intérieur de leur camada : ce qui commence comme un jeu se complique vite. A moins d'être gravement blessé, le perdant doit fuir tous les autres ; il devient alors un danger supplémentaire pour ceux qui s'occupent du troupeau : ces animaux isolés s'embusquent et sont capables de charger à l'improviste celui qui s'aventure sur leur terrotoire sans le savoir. Ces combats ne sont pas toujours aussi fréquents entre les toros faits ; mais ils ont des conséquences plus graves, si bien que le nombre des pertes est sensiblement plus important chez eux. Dans leurs enclos, les toros de 4 ans paraissent toujours de mauvaise humeur; ils se groupent généralement fort peu, chacun se faisant un bout de territoire où aucun autre n'est en principe admis. Les séparer pour l'embarquement ou simplement pour les changer d'enclos est un travail rempli de difficultés : ils sont têtus, rechignent à aller là où ils n'ont pas envie ; et comme ils sont susceptibles de charger à tout moment sans avis préalable, leur maniement est vraiment délicat.
Par contre, les vaches ont un comportement plus grégaire et sont moins agressives ; elles font d'excellentes mères.
A leur sortie en piste, ces toros sont classiquement très spectaculaires. Ils rématent "en tablas" et s'emploient au premier tiers... mais sont-ils réellement braves ? Chargent-ils et poussent-ils le picador par bravoure ou, en raison de leur attirance accusée vers les planches, pour chasser l'importun qui s'interpose entre eux et les planches ? Cela a toujours fait l'objet d'une polémique. Quoi qu'il en soit, ce comportement favorise des piques très fortes, épuisantes : leur comportement au 2e et surtout au 3e tiers s'en ressent. Mais les bons vazqueños chargent la muleta avec noblesse ; ils permettent le triomphe des toreros... qui savent tirer partie rapidement de leurs qualités car ils supportent peu de passes et ont tendance à vite s'alourdir. Quant aux mauvais, ils ont tendance à être très vite arrrêtés, courts ; ils se défendent sur place avec sentido, donnant de la corne dans les leurres et gardant la tête haute. _ Toutefois, ce comportement typique est aujourd'hui passablement modifié par le type de sélection de chacun des ganaderos qui maintiennent les rares noyaux vazqueños qui existent encore.
Mais contrairement à une idée répandue, les vazqueños n'ont jamais été des toros particulièrement difficiles. Leur bravoure et leur engagement spectaculaire au cheval étaient alliés à une belle noblesse. C'est leur tendance à ne supporter que peu de passes de muleta et à s'arrêter qui a constitué leur limite majeure ; surtout à partir du premier tiers du XXe siècle : quand la faena de muleta a commencé à devenir reine. Il fallait un autre type de toro. Le vistahermosa l'offrait. Les vazqueños n'en ont pas moins maintenu leur cartel jusque dans les années 60 ; peut-être en raison de leur mythe ? Mais ils ont fini par être quasiment rayés de la carte dans les dernières décennies du XXe siècle. Au point que c'est un vrai miracle s'il en reste encore quelques noyaux aujourd'hui : les ganaderos ont dû s'aligner sur le marché taurin, ou disparaître. Sur le millier de ganaderías espagnoles, seule une bonne demi-douzaine garde une influence vazqueña notable. Et encore certaines risquent-elles de disparaître d'ici peu. On notera particulièrement le travail de ces admirables mainteneurs que sont Tomás PRIETO de LA CAL en Espagne, et Fernando PALHA au Portugal.
Au XIXe et au début du XXe, beaucoup de ganaderos ont tenté avec succès des croisements entre les vazqueños et d'autres castes. Il en est sorti des ganaderías particulières, dont celle des MOLERO Hermanos, récemment disparue. D'autres fois, la base vazqueña a servi pour des croisements par absorbtion, ainsi pour la création de l'encaste juan pedro domecq où la lignée maternelle ne conserve plus qu'une parcelle de sang vazqueño, fondue dans le sang vistahermoseño tamarón - lacorte - mora figueroa qui est absolument prédominant. Mais il reste encore deux lignées notables ; elles ont fixé une morphologie et un comportement originaux qui se sont diffusés dans certaines ganaderías : ce sont les encastes hidalgo barquero (1) et vega villar, très minoritaires mais d'une grande importance dans l'ensemble de la cabaña brava.