FICHE ELEVAGE

Heredero del Conde de la CORTE

Plan : 00.06



Luis LÓPEZ OVANDO, Heredero del Conde de LA CORTE, hérite de ce qui peut être considéré comme la plus formidable ganadería et le plus formidable creuset de sang de l'histoire... hélas, il ne parvient pas à en maintenir le niveau : ses lacorte s'enfoncent peu à peu dans le "bache" [trou, mauvaise passe]... alors que leurs frères juanpedro et atanasio, eux, tiennent toujours le haut du pavé [pour longtemps ?...]. Le son fer perd son prestige ; on ne le voit plus dans les grandes ferias et si la chose se produit, le résultat n'est pas probant.
Que l'on en juge en comparant deux échos de courses éloignées d'une douzaine d'années. La première a lieu à MADRID, le 17 mai 1968 (on voit en en-tête une vue de ce lot dans les corrales de Madrid), soit 4 ans après la mort du Conde,_ en pleine insurrection parisienne... _ ; le compte-rendu, publié par la revue "TOROS", est d'un grand aficionado, práctico au demeurant, Claude POPELIN. Il titre : "Des toros-toros pour Ordóñez et Miguel Márquez. 17 mai. Hier, jeudi 16 mai, jour anniversaire de la mort de JOSELITO, j'ai fait le pèlerinage de TALAVERA DE LA REINA où se couraient des toros de BUENDÍA d'une excellente bravoure, mais dont cinq sur six présentaient des cornes uniformément basses et souvent resserrées !
Aussi ai-je été drôlement soulagé de voir sortir aujourd'hui du toril de la Monumental un lot de La CORTE aux armures superbes et intactes. Par surcroît, ils avaient tous quatre ans et demi bien sonnés. Leur comportement me surprit cependant un peu, pour des lacorte [premiers signes de baisse...]. Les trois premiers cherchèrent d'entrée une porte de la barrière par où s'échapper _ abantos _ avant de se laisser fixer, et quatre, au total, montrèrent une nette propension à jouer de la corne et parfois à se coller.
Ce fut notamment le cas des deux adversaires d'ORDÓÑEZ. Avisé par un coup sec à la cuisse, avec accroc à sa culotte, il abrégea sa première faena pour conclure d'une estocade tombée. En revanche, devant son second ennemi guère plus commode et très puissant, il s'engagea à fond, ayant raison de son nerf, triomphant de son coup de tête par la précision de son "temple", poursuivant en beauté avec des naturelles citées de face mais chargées sur la jambe dans leur déroulement, acceptant que la corne lui frôle presque le genou. Une rare estampe de toreo viril et esthétique !
Le public, gagné par l'émotion, lui fit un grand triomphe, mitigé de quelques sifflets systématiques en provenance du soleil, seulement occupé au quart parce que la corrida était de celles qu'on télévisait. Trois entrées à l'épée, toutes sincères et, après avoir rencontré deux fois l'os, une entière courageusement portée dans le haut du morillo firent sans doute que la présidence n'accorda pas la seconde oreille, réclamée avec insistance par quasiment l'ensemble des tendidos.
Rien à dire sur le fils CHICUELO à qui la situation pécuniaire de sa famille vaut quelques engagements de charité. Ce n'est pas le métier ni la finesse qui lui font défaut, mais il est toujours aussi paralysé par "l'appréhension" _ euphémisme des toreros pour la peur ! _ et laissa scandaleusement échapper un cinquième toro véritablement idéal et honoré d'un tour de rond à l'arrastre.
Je voyais pour la première fois, en ce jour de sa confirmation d'alternative, Miguel MÁRQUEZ, le torero de FUENGÍROLA. C'est surtout face au sixième toro ["CARA DE PERRO"], un magnifique colorado de 562 kilos en vif et finalement assez noble, qu'on a pu le juger. Pas un instant, devant cet adversaire redoutable pour lui, le garçon, petit de stature mais au très grand coeur, n'a fléchi ! Ses véroniques de réception, à une bête qui se retournait vivement coup après coup, secouèrent la plaza entière. Le courage n'est cependant point son seul apanage. II sait aussi "templer", bien conduire et se lancer à l'épée avec une remarquable décision. Sans être un phénomène, ni révéler aujourd'hui une classe exceptionnelle, Miguel MÁRQUEZ va apparemment toréer beaucoup.
Deux oreilles, une vuelta d'honneur pour le corps de l'excellent taureau et une sortie en triomphe du jeune matador clôturèrent ainsi le jour des La CORTE, qui prirent seize piques plus trois sur recharge de la bête, avec une chute du cavalier. Celle-ci se serait répétée plus souvent si les picadors, repoussés par la force des toros, n'en étaient souvent venus à appuyer abusivement leurs montures à la barrière.
"
Ce triomphe ne doit rien au hasard ! Que l'on en juge par le compte-rendu de la Feria d'Albacete 1968 : "Sensationnelle corrida de toros-toros du Comte de la Corte à la Feria d'Albacete. Loin de nuire au résultat de la course, la prestance de ces animaux, aux cornes impressionnantes, aux charges longues contre la cavalerie, contribua à entretenir un climat émotionnel fantastique, inoubliable. Les 3° et 5° bichos ont été honorés du tour de piste, demandé aussi pour le 6°. Le 4° a eu la vie sauve. MIGUELÍN, Diego PUERTA et CARNICERITO DE UBEDA se sont partagé 12 oreilles et 5 queues ; en cours de corrida on leur fit accomplir ensemble trois tours du rond, dont un avec le mayoral. A la fin de la course les toreros furent sortis en triomphe et _ signe qui ne trompe pas _ le public demeura de longues minutes sur les gradins à commenter l'impérissable après-midi" (Pierre DUPUY dans "TOROS" du 29 septembre 1968).
La deuxième course a lieu le 19 avril 1981 en ARLES, le compte-rendu est de "Luis de la CRUZ", toujours dans "TOROS". Il les voit, ce jour-là, de bon trapío et astifinos mais seulement honorables à la pique et "sosos" [mous, fades] pour le torero : "Nobles et sans nerf, ils ne présentaient guère de difficultés pour les jeunes gens venus faire joujou avec eux" [il s'agit de GALLOSO, NIMEÑO et Emilio MÚÑOZ]. Oui, depuis le milieu et surtout la fin des années 70, les lacorte ont bien changé. Le plus souvent rudes et broncos, ils ne tentent guère les "figures", tandis que leur bravoure irrégulière déconcerte l'aficionado. Grandeur et décadence... Mais ils sont toujours de beau trapío, comme en atteste la photo de 1977 placée ici en en-tête ; ou encore cette photo de 1984, et celle-ci.
D'où vient le "bache" ? Manques de chance, erreurs, négligences, ignorances, effets dégénératifs de sélections trop pointues ?... C'est difficile à dire ! Serait-il quasiment impossible de maintenir très longtemps la qualité d'un troupeau, surtout en circuit fermé ? On constate partout une succession de hauts et de bas... ce qui tendrait à confirmer le caractère assez artificiel du toro de combat, fruit de la sélection humaine à partir de qualités naturelles. Humour ? dérision ? malveillance ? Vers 1990, un ganadero affirmait en privé que : "Si LÓPEZ OVANDO sélectionnait sur autre chose que la longueur des cornes", le fer ne tarderait pas à retrouver tout son prestige ! Cruel... Quant au ganadero, il certifie qu'il n'a rien changé à la manière de faire de son oncle, le Conde de la CORTE ("Mes vaches et mes sementales sont toujours les mêmes !"), et que le bétail est resté en consanguinité ; celle-ci aurait-elle été préjudiciable [cf. la notice de María OLEA VILLANUEVA] ? Toutefois il arrive, paradoxalement, que des ganaderos achètent encore des étalons pour tenter de redorer leur blason : signe que la caste reste sous-jacente à leurs yeux ; de fait, il ne manque pas de bêtes qui ressortent d'un lot hétérogène en comportement pour rappeler ce qu'est la véritable caste.
Vers 1985, une camada type donne 4 ou 5 lots de toros et deux novilladas, l'une composée du desecho de tienta et l'autre des produits de vaches ou semental nouveaux.
Après 1990, l'élevage passe aux enfants de Luis LÓPEZ OVANDO, Guillermo et Agustín LÓPEZ OLEA, qui annoncent Herederos del Conde de LA CORTE.


Les événements


Date : 1964
Date : 1967
Date : 1979
Date : le 22/02/1979
Date : 1991