FICHE ENCASTE

lesaca

Constitution de l'encaste : 1827



Cette branche lesaca du vistahermosa se développe dans une ligne plus dure que la branche cousine du saavedra. Comme ARIAS de SAAVEDRA crée le noir "saavedreño", Pedro José PICAVEA de LESACA crée le (généralement) gris ( i.e. cárdeno ) "lesaqueño" dans l'élevage à son nom. Il parvient en peu de temps à imprimer à ses toros un type et une véritable personnalité (c'est pourquoi on les appelle les "lesaqueños") qui perdureront sans croisement dans la race saltillo et s'y conserveront jusqu'à nos jours.
Telle est la thèse officielle. Il en existe une autre, avancée par Domingo DELGADO de la CÁMARA : ces toros auraient une origine différente. Il part du principe selon lequel il existe entre toutes les lignées vistahermosa (murube, ibarra, parladé) et les saltillo de telles différences de comportement et de type qu'il est bien difficile de vouloir les faire naître d'un tronc commun. De fait, les toritos negros des frères RIVAS, qu'appréciaient tant les Pedro ROMERO et autres COSTILLARES, gardent leurs caractéristiques en passant de main en main jusqu'à celles de Dolores MONGE : ils sont tous estampillés vistahermosa. Au contraire, les toritos gris (c'est-à-dire cárdeno), que José PICAVEA de LESACA est censé tenir, lui aussi, de la lignée vistahermosa, se font remarquer par leur ardeur et leur physique différent. Qu'a-t-il bien pu se passer ?
Le contexte permet d'avancer une hypothèse vraisemblable, d'ailleurs très cohérente avec les secrets sur les sources des pablorromero (cf. les deux Correctifs en italique de la fiche élevage du 1er PABLO ROMERO). Fin XVIIIe, 5 castes fondatrices sont historiquement traçables : vistahermosa, vázquez, navarra, jijón et cabrera. Mais il existe encore, deci delà, des troupeaux non identifiés ou non répertoriés comme braves. Certains le sont pourtant, mais le prestige est attaché au nom : pour présenter ses toros dans les événements importants, un nouveau ganadero doit pouvoir attester d'une prestigieuse provenance (le fondateur des pablorromero n'a-t-il pas mis près de 20 ans à s'imposer, malgré de grands succès à Madrid et Sevilla dès le début ?...).
Domingo DELGADO de la CÁMARA pense que, faute de pedigree suffisant pour pouvoir lidier dans des plazas importantes, le propriétaire des toritos gris à la bravoure inlassable aurait acheté des bêtes d'origine vistahermosa pour faire figurer cete provenance sur les affiches. La possible, et probable, mystification ne peut guère venir que de Pedro José PICAVEA de LESACA lui-même (1827). Il ne serait pas impossible que l'auteur en soit son pédécesseur immédiat Ignacio MARTÍN (1824), ou encore de son avant-dernier prédécesseur Salvador VAREA MORENO (1823), lequel avait acheté directement au dernier ganadero VISTAHERMOSA Luisa, 4e Condesa de VISTAHERMOSA. Mais il semble bien plus vraisemblable que ce soit l'oeuvre de PICAVEA lui-même. En effet, pourquoi Salvador VAREA aurait-il sacrifié une origine aussi prestigieuse ?... et pourquoi ne parle-t-on pas des toritos gris avant LESACA ? D'autre part, n'oublions pas l'écusson au toro blanc des armoiries des navarrais PICAVEA, de Lesaca : la famille devait bien y posséder quelque bétail brave (et dans l'ensemble de robe claire ???)... Un autre fait irait bien dans ce sens. En 1838, Isabel MONTEMAYOR, épouse et héritière de PICAVEA, cède à Manuel SUÁREZ CORDERO du bétail qui aboutira dans le noir murube, l'encaste vistahermosa source de quasiment toutes les lignées modernes, par ybarra et parladé, bien typées vistahermosa ; tandis qu'en 1850/1854, le fils aîné et héritier d'Isabel, José PICAVEA de LESACA, cèdera au célèbre Marquis de SALTILLO le bétail qui donnera le fameux encaste... saltillo, si différent de comportement et de type : il serait fort logique que la cession de 1838 porte essentiellement sur le vistahermosa, et celle de 1850/1854 essentiellement sur le lesaca (car il serait assez improbable que quelque croisement n'ait pas été essayé !). _ Évidemment, on pourait aussi soutenir que le vistahermosa des origines était composé de 2 branches autonomes, mais absolument rien ne l'atteste ni ne le laisse entendre. De même, on pourrait dire aussi que la différence des 2 lignées est dûe à une sélection ultérieure, mais comment arriver en 5 ans au plus à de telles différences ? L'origine particulière du lesaca-saltillo est encore ce qui en rend le mieux compte. _ Un autre fait plaide encore dans ce même sens : sentant la maladie le gagner, Pedro José PICAVEA a recommandé à son épouse Isabel MONTEMAYOR de ne pas faire de croisement ; conseil qu'elle s'attachera à suivre, et qu'elle transmettra à son tour à son fils et successeur José, lequel s'empressera de le suivre avec le plus grand soin : ce conseil impératif, à une époque où l'on ne se préoccupe guère de la cohérence des lignées dans les élevages, se comprend mieux si on veut conserver à tout prix une souche originale unique... et occulte !
Pour mener à bien une telle mystification, il fallait un fameux culot, du savoir-faire... et beaucoup de terres pour la discrétion ! Notre PICAVEA, qui n'a pas froid aux yeux et qui est richissime, remplit toutes ces conditions (voir la fiche le concernant).

Caractéristiques de l'encaste:
Les pelages cárdeno et les armures plus développées sont caractéristiques de cette branche du vistahermosa... ou de la lignée originale des lesaqueños (cf. ci-dessus).
° Pelages fondamentaux : cárdeno surtout, et negro, par élimination de tous autres pelages. Car d'autres pelages existent au départ. C'est ainsi que le fameux picador Francisco "Frasquito" CALDERÓN DÍAZ se vante d'avoir piqué, à Ronda le 20 mai 1853, en compagnie de José TRIGO et de "CHARPA", le phénoménal toro "CAMPEÓN" de Clemente LESACA [qui est-il par rapport au ganadero de l'époque, José PICAVEA de LESACA, qui est en train de céder sa ganadería au marquis de SALTILLO ? Un membre de la famille qui, comme il est fréquent, s'est gardé quelques toros ?...] : il avait pris... 65 piques (!), tué 11 chevaux et blessé mortellement 5 autres. Or, 25 ans parès la constitution de cette ganadería, ce toro était colorado. D'ailleurs, de nos jours encore, il sort parfois des colorados, ou des traces de colorado, dans les encastes saltillo et santa coloma...
° Particularités du pelage : axiblanco, bragado, entrepelado, meano, ojalado, rabicano, rebarbo.
° Cornes : développées, de type astifino et, bien sûr, asaltillado ou veleto. Soit tout le contraire de la branche saavedra - barbero ! L'esprit de la sélection conditionne le type des toros dès les origines... Toutefois, certains, extrêmement minoritaires, prétendent qu'à l'origine il y aurait eu une introduction cachée d'une autre souche brava [faudrait-il alors penser aux moruchos de Salamanca, dont le pelage et les armures correspondent tout à fait au lesaca-saltillo ?...].
° Morphologie : un toro pas très haut, de proportions convenables, fin de type, osseux et plutôt "agalgado" (de "galgo", lévrier : au ventre avalé). Il semble même petit à côté des immenses cabrera.
° Comportement : toros braves et durs au fer, ayant une personnalité propre, ils compensent leur taille relativement modeste par une caste endiablée qui n'exlut pas une noblesse suave... quand on sait les prendre ! Ce sont les actuels victorino qui semblent s'en rapprocher le plus.

En 1849, lorsque José PICAVEA de LESACA y MONTEMAYOR héritera des lesaqueños au sommet de leur réputation - ce qui ne l'empêchera pas de les vendre 1 an plus tard à Antonio RUEDA QUINTANILLA, VIe Marquis de SALTILLO -, l'inventaire fera état de 1.376 têtes, dont 723 vaches de ventre et 191 toros adultes : en 20 ans, le troupeau a augmenté de un tiers, et le nombre de toros a doublé ! Voilà qui en dit long sur le succès rencontré. Ce n'est peut-être pas pour rien que les encastes dérivés : saltillo, puis santa coloma et albaserrada vont marquer l'histoire ganadera. Mais ils ne sont pas forcément les "cousins" des juanpedros d'aujourd'hui, comme l'affirme la généalogie officielle...
Il est à noter que le saltillo, directement issu du lesaca, va être particulièrement prisé au Mexique ainsi que dans toute l'Amérique latine pendant tout le XXe siècle ; il y constituera la base de bien des élevages et s'y développera dans une ligne davantage torerista, alors qu'en Espagne ce sera l'inverse.