FICHE ELEVEUR

Cristóbal COLÓN DE LA CERDA, XIVe duc de VERAGUA


naît : 1837-06-08
meurt : 1910-10-30


Après avoir dirigé sa ganadería pendant 31 ans, le XIIIe duc de VERAGUA, Pedro COLÓN de LARREÁTEGUI y RAMÍREZ de BAQUEDANO (1801-1866) (connu aussi sous le nom de : Pedro COLÓN de TOLEDO y RAMÍREZ de BAQUEDANO) meurt à Madrid le 5 décembre 1866. Lui succède son fils Cristóbal COLÓN de TOLEDO de LA CERDA y GANTE, XIVe duc de VERGUA (Madrid 8 juin 1837-Madrid 30 octobre 1910). Il est déjà bien au courant de l’élevage de ces toros puisqu’il y contribuait pendant les dernières années de la vie de son père. Le fer Veragua et l'encaste veragua restent évidemment les mêmes.
Il poursuit, avec ces toros qui sont désormais les siens, dans la ligne d'un élevage et d'une sélection soignés, avec les mêmes résultats et les mêmes succès que son père. C'est celui qui sera, de tous les Ducs de VERAGUA, le ganadero le plus zélé... ce qui n'est pas peu dire quand on connaît l'impitoyable rigueur de son père !

Un grand militant de la cause tauromachique
L’aficion démesurée du duc pour la corrida et la défense acharnée qu’il en fait sont bien reflétées par l’anecdote suivante. À Madrid, en 1896, un Nord-Américain est invité par quelques amis Anglais à venir voir une corrida :
_ Viendrez-vous à une corrida ?
_ Non ! répond l’invité. Promettez-moi que je verrai tuer un torero, et je viendrai avec grand plaisir. Mais ne m’invitez pas à aller voir tailler en pièces de pauvres chevaux sans défense.
Cristóbal COLOMB se lève de table et dit :
_ La seule chose qui intéresse ces grands compatissants, c’est de nous priver d’une tradition ! Ça ? Jamais ! Il est bien connu que les corridas sont dans notre patrie le grand lien qui unit toutes les classes sociales, une parfaite démocratie. En finir avec les corridas -ce qu’ils prétendent-, c’est en finir avec l’unité de l’âme espagnole.
"Parfaite démocratie"... Le duc n'a manifestement pas lu Émile ZOLA !... Il est vrai que, si la corrida est bien la passion de tout un peuple, l'élevage des toros, qui demande de gros moyens, reste l'affaire de possédants latifundiaires.

Des toros à Paris !
Il est peu connu qu’à l'occasion de l'exposition universelle de 1889, où l’on pense que la corrida peut s’exporter à Paris, le duc de VERAGUA accueille avec grand enthousiasme la perspective d’y construire une arène. Avec d’autres ganaderos et empresarios espagnols, il finance les 3 millions de francs de sa construction : au Bois de Boulogne, rue Pergolèse. Elle est construite en vingt-huit jours, au printemps 1888 ; et inaugurée, pour la corrida, le 10 août 1889 : MAZZANTINI y remporte un énorme succès. L’arène est construite en briques, avec charpente de fer sur de solides fondations de pierre ; elle contient 116 loges et sa capacité est de 14.000 spectateurs. Le duc y engage une part de sa fortune... sans obtenir les résultats qu’il espérait. L’entreprise fait faillite, l’arène fermera ses portes le 6 novembre 1892, et sera détruite peu après (1893).
Voici ce qu'écrit la Gazette anecdotique, littéraire, artistique et bibliographique, n° 8, 30 avril 1893, p. 240-­242 : "L’ouverture eut lieu le 10 août 1889. Depuis cette date jusqu’au 10 novembre de la même année, on encaissa 1.200.000 francs. La plus belle recette, celle du 12 septembre, s’éleva à 75.000 francs. En 1890 et 1891, les bénéfices furent moindres : la société espagnole laissa place à une société anonyme qui fut mise en faillite avec un déficit de 860.000 francs. Si les recettes étaient belles, les frais étaient énormes, chaque taureau coûtait 1.500 à 5.000 fr., et il était revendu après la course 250 francs à un boucher. Toutes ces bêtes provenaient des terres de M. le duc de VERAGUA qui pratique l’élevage du taureau de combat sur une grande échelle, s’il est permis de s’exprimer ainsi, et qui n’a pas moins de 3.500 têtes de ce bétail particulier. Les toreros se font payer bon prix. Angel PASTOR et sa cuadrilla, composée de cinq hommes, coûte 3.500 francs par course. (…) Les autres prima spada étaient ainsi rétribuées : CARA-ANCHA, 4.500 francs (par course, bien entendu) ; MAZZANTINI, 5.000 ; LAGARTIJO, 6.000 ; GUERRITA, 6.000 ; ESPARTERO, 6.000. Le cavalier en place recevait, pour lui seul, 1.000 francs par séance. Tout compté, les frais, pour chaque représentation, s’élevaient à 25.000 ou 30.000 francs."

Un Grand d'Espagne hors normes !
Grand d’Espagne, le XIVe duc de VERAGUA est une figure politique marquante. En 1890, il est ministre de l’Équipement (Ministro de Fomento), et en 1901 ministre de la Marine. Il collectionne les fonctions et les titres : amiral honoraire de la Marine, maestrante de Séville, docteur en Droit ; il fait plusieurs législatures comme député ; il est doyen de la Diputación Permanente de la Nobleza Española, Sénateur du Royaume de plein droit, Conseiller de l’État ; Président du Mont de Piété, de la Protection de l’Enfance, de l’Association des Ganaderos du Royaume, de l’Association des garrochistas de Madrid, de l’Unión de Criadores de Toros de Lídia (UCTL) dont il est le 1er président (1906)… N’en jetez plus ! Ah ! Ne pas oublier qu’il élève aussi des chevaux, en raison du grand manque de chevaux provoqué par la guerre d’Indépendance (1808-1814) contre Napoléon, ainsi que des brebis lainières. Il n’en reste pas moins que le campo et la ganadería sont ses deux passions favorites, celles auxquelles il se consacre avec le plus de zèle.

Après avoir maintenu pendant près d’un demi-siècle le cédit de la devise rouge (encarnada) et blanc, Cristóbal COLÓN de la CERDA, XIVe duc de VERAGUA, meurt à Madrid le 30 octobre 1910. L’élevage jouit d’une immense renommée. L'élevage et le titre passent à son fils Cristóbal COLÓN y AGUILERA, XVe duc de VERAGUA. Il recueille ainsi les fruits du travail de son père.