FICHE ELEVAGE

Vicente José VÁZQUEZ

Plan : 01.01



Le toro ici en exergue est la lithographie d'un toro vazqueño à la fin du XVIIIe siècle : la période de Vicente José VÁZQUEZ. Ses cornes n'ont rien de démesuré : c'est assez courant dans cet élevage. Mais la longueur des cornes est l'un des paramètres les plus faciles à modifier par la sélection, si l'on en croit l'expériende de Juan Pedro DOMECQ SOLÍS. Expérience confirmée par cet autre dessin d'un toro vazqueño -moderne mais inspiré de quoi ?-.

Un agriculteur avisé
Outre les toros, Vicente José VÁZQUEZ possède des chevaux et 3 ou 4.000 brebis, plus des cochons. Le maintien de grands troupeaux de bétail présente alors un double intérêt pour les exploitations agricoles. En plus de leur force de travail, bovins, chevaux, brebis et cochons fournissent de l'engrais avec leurs excréments, et ils se nourrisent, au moins en partie, grâce aux sous-produits des diverses activités agricoles, tels les terres en jachère et les chaumes.
A cette époque, les ganaderías de bovins sont en quelque sorte mixtes : on en tire de la viande et des boeufs de labour, tandis que les bêtes les plus agressives se prêtent aux courses de toros. Ce processus est bien connu en Camargue, au Portugal, en Espagne ; et là où il n'y a pas/plus de jeux taurins (par exemple en Italie ou dans la vallée du Danube), il n'y a plus de toros sauvages aujourd'hui.

Un bel héritage
Dans l'inventaire des biens de Gregorio VÁZQUEZ, à sa mort, en 1779, on compte :
° 134 boeufs (400 réaux chacun) -là, on voit bien qu'à cette époque, ce troupeau est encore ambivalent : il fournit aussi bien des boeufs pour l'agriculture que des toros de lidia- ;
° 295 vaches (200 réaux chacune) ;
° 46 toros de plus de 3 ans (500 réaux chacun) ;
° 20 cabestros (400 réaux chacun) ;
° 9 erales (150 réaux chacun).
Soit un ensemble de 500 têtes, y compris les 154 boeufs et cabestros. Certes, il y a aussi plus de 4.000 brebis, mais où sont les quelque 1.755 têtes dont parlent des sources taurines ?!...

Cetta ganadería, d'origines diverses et largement croisées, présente, pense-t-on, une dominante cabrera par Benito ULLOA y LEDESMA, Marqués de CASA ULLOA, Luis Antonio CABRERA et Juan José BÉCKER [BÉCQUER] ; tout cela sur un fond frailero d’origines andalouses diverses, inconnues. Tout cet ensemble est croisé, probablement à la manière de l’époque : en vrac, vaches et toros mélangés, sans grande rigueur par rapport à aujourd’hui. Tel est l'arrière-fond de ce qui va bientôt constituer la grande caste vázquez...

Il semble que Vicente José VÁZQUEZ conserve le fer paternel, plutôt qu'il ne l'ait créé.

Un riche et intuitif génie de la sélection
Si le père a posé la première pierre de la caste vázquez, on considère le fils comme le véritable créateur de cette caste fondamentale (Casta Fundacional de la ganadería brava española) lorsque -soit à partir de 1784, où il n’a plus du tout besoin d’un tuteur... soit à partir de 1792, où la société familiale est dissoute et où il peut voler librement de ses propres ailes... soit bien plus tôt, avec l'accord de son grand frère Diego...- il commence à réaliser une sélection authentique, soigneuse et scrupuleuse.
Vicente José VÁZQUEZ s'y attelle donc à partir du bétail hérité de son père ; mais il y ajoute encore des reproducteurs de diverses provenances. Il adjoint très probablement d'autres sementales cabrera (purs ou croisés avec du jijón ?) achetés à Juan José BÉCKER/BÉCQUER. En tout cas, soit par lui-même, soit par son père, soit par eux deux, il y a du sang bécker dans le vázquez.
Il est des plus probables qu’il ajoute aussi du bétail des AUGUSTINS de Carmona. Voici l'affaire. Pour certains, Gregorio VÁZQUEZ acquiert, après un premier achat, la totalité de la ganadería des AUGUSTINS de Carmona... mais celle-ci est attestée jusqu'à sa fin, en 1780, et lui est mort depuis 1 an déjà ! Dès lors, cette acquisition semble assez douteuse. Mais elle n'est pas impossible s'il s'agit seulement d'une partie, éventuellement importante, de cet élevage... ou bien, et mieux encore ! si cette acquisition est le fait de son fils Vicente José VÁZQUEZ : ce sera notre option. On datera donc ici cet achat de 1780. Mais il n'est pas impossible que la transaction ait pu commencer du temps du père !

Vicente José VÁZQUEZ apporte à sa tâche de sélection tout son savoir, toute son énergie… et toute sa ruse. En plus de sa grande intuition ganadera, il est doté de moyens économiques considérables, ce qui ne gâche rien. Il obtiendra finalement l'une des plus grandes castes de tous les temps, compte tenu de ce que sont les toros et la corrida de son époque. Mais quelle aventure !
À l'époque, ce qui compte le plus est la sauvagerie des toros, voire leur férocité. La suerte de varas (les piques) occupe le devant de la scène et le plus clair du combat de chaque toro. Les piques ne sont la plupart du temps que des refilón ("en passant", "sans s’arrêter" : se dit d’une pique qui est portée sans que le toro ne s’arrête contre le cheval) ; mais elles entraînent de nombreuses chutes, tant des chevaux, alors sans protection, que des picadors. Pour leur part, les matadors ont à faire au capote les quites nécessaires ; ceux-ci sont plus ou moins artistiques et variés, mais ils se doivent surtout d'être efficaces afin d'éviter les tragédies.

Une ambition dévorante
Le but et l'ambition de Vicente José est clairement de créer le meilleur toro possible pour la fiesta (celle de son époque), et de conquérir par là la reconnaissance des aficionados ainsi que la renommée -ascension sociale !-. Son idée –qui, plus tard, sera encore un peu celle d’un Álvaro DOMECQ DÍEZ pour TORRESTRELLA- est de croiser du bétail des meilleures ganaderías de son époque et d'en réunir les qualités dans son élevage, afin d'obtenir le meilleur toro possible pour la lidia. Il fait preuve d’un flair, d’une intuition ganadera exceptionnels. Le bétail le plus couru est alors celui de Luis Antonio CABRERA, que ce soit par lui-même ou par d'autres qui se sont fournis chez lui. Comment le concurrencer ?...

Au fil des ans, Vicente José se rend compte que le chemin est long, ardu, pour parvenir à ses fins. D'autant plus que sa montée en puissance commence à rendre circonspects les "grands" ganaderos, qui ont pignon sur rue, envers un concurrent potentiellement dangereux. De fait vers 1790, les toros vazqueños atteignent un tel niveau qu'ils entrent déjà en compétition avec ceux de Luis Antonio CABRERA et de VISTAHERMOSA. Notons qu’ils sont tous d'Utrera !
Mais VÁZQUEZ ne s'en contente pas. Voilà déjà longtemps qu'il recherche plus encore. Ses toros maison se caractérisent par leur force, leur persévérance dans l’attaque du cheval et leur intelligence. Ce sont des toros grands et fins. Bien armés. À la course légère (ligeros de pies). Mais le ganadero regrette la déficience d'une qualité qu’il juge indispensable : une bravoure capable de durer jusqu'à la fin de la lidia, en particulier lors du bref travail de muleta. Or ses toros ont tendance à se réfugier "aux planches" après les piques, d'autant plus que leur formidable dépense d'énergie à la pique les a épuisés. Il recherche en outre un type de bravoure à peu près homogène dans l’ensemble du troupeau… Et, quand même, un peu de noblesse. [heureuse époque où les ganaderos pouvaient se permettre de cultiver aussi la caste vive, plutôt que de l'édulcorer.]

Une concurrence intense
A Utrera pâture aussi le troupeau de Benito ULLOA y HALCÓN de CALA, IIe Conde de VISTAHERMOSA (1778-1800), dont les bêtes sont d'une bravoure prodigieuse et durable, déjà enviée de tout éleveur : exactement le fond de bravoure noble et durable qui manque à ses produits.
Mais l'aristocrate ganadero se refuse absolument à céder "la moindre corne" à ce parvenu (plebeyo : roturier, paysan, gueux) de VÁZQUEZ. Tout au plus lui céderait-il quelques toros, mais pas une seule vache. Vicente José insiste, insiste. Il en vient à offrir des sommes faramineuses. La réponse ne bouge pas d'un poil : toujours négative. En dépit des sommes offertes pour chaque reproductrice, ni les demandes ni les pressions amicales, pourtant venues d'une paire de ducs (dont VERAGUA ?...), ne parviennent à bout de l'obstination du Conde. VÁZQUEZ n'aura pas la moindre de ces vaches après lesquelles il soupire. "Quel que soit le désir de don Vicente d’acquérir mes vaches, j’ai le même de les garder", aurait dit VISTAHERMOSA.
L'obstacle ne décourage pas l’obstiné , lutteur inlassable et doté de solides moyens économiques. Il lui faut obtenir ce qu'il considère comme indispensable à la formation d'une ganadería de légende. Il ne peut aboutir directement ? Qu’à cela ne tienne ! Il emploiera la ruse. Il conçoit un projet fort astucieux que l’on pourrait qualifier d’"entourloupette".

L'entourloupette
Vicente José VÁZQUEZ se rend chez l'archevêque de Sevilla et -pour quelle somme ? sans doute conséquente ! mais apparemment, on ne sait pas- il s'entend avec lui pour affermer (= louer) durant 2 ans (1790 et 1791) la dîme du bétail et des récoltes d’un territoire correspondant (au moins !) aux villages dont dépendent les terres de VISTAHERMOSA.
La dîme est un tribut immémorial selon lequel l'Église a le droit de prélever le 1/10e sur toutes les naissances de bétail [et toutes les récoltes] de l'année. Les fidèles sont tenus à cette dîme dont l'Église - diocèses ou ordres religieux - tire à la fois sa subsistance propre et les ressources nécessaires à ses œuvres sociales (écoles, orphelinats, hôpitaux, hospices…).
VÁZQUEZ paie d’avance à l’archevêque une certaine somme -il en a les moyens, et c'est séduisant-, correspondant à la valeur des bêtes et des prémices que le diocèse a le droit de percevoir comme impôt sur le bétail des ganaderos et leurs récoltes. Il se chargera lui-même des animaux. VISTAHERMOSA devra donc un veau chaque 10 mâles et une génisse chaque 10 femelles, nés dans chacune des 2 années d’affermage ; sans parler des prémices. Il semble qu'il ait fallu à Vicente José VÁZQUEZ pas mal d'habileté et d'obstination (voire de moyens financiers puiqu'il fait l’avance du prix de ses acquisitions) pour être vraiment le seul collecteur dans la contrée qui l’intéresse. Les précisions ne semblent avoir traversé ni les archives ni les siècles… Le voilà donc certain d'avoir la dîme de VISTAHERMOSA.
Tandis que VÁZQUEZ sort du palais archiépiscopal avec le sourire du triomphe, la nouvelle fait s’exclamer VISTAHERMOSA, pensif : "Quel acharnement, ce don Vicente !"

Le triomphe
VÁZQUEZ, donc, demande à rencontrer le 2e comte de VISTAHERMOSA, Benito ULLOA y HALCÓN de CALA, non pas à titre personnel mais au titre de son mandat épiscopal. Sans doute jubile-t-il intérieurement... mais il est reçu de façon glaciale. Qu’importe ! Le comte ne peut guère que se soumettre.
Arrive le moment du paiement de ladite dîme. Vicente José VÁZQUEZ se présente sur rendez-vous à la dehesa de VISTAHERMOSA. Il demande pour lui les vaches qu'on s'était refusé à lui vendre auparavant et qu'il faudra bien lui donner maintenant ! Le Conde de VISTAHERMOSA voit son désir de ne céder, tout au plus, que des mâles contourné. Furieux mais ne laissant rien paraître, il doit se plier à la demande et fournir aussi des femelles ! Ce n'est pourtant pas faute d'avoir essayé la ruse.
Lors du rendez-vous, au matin d'avril 1790 convenu, le comte lance :
_ Que les hommes de VÁZQUEZ choisissent des becerros !
_ Séparez les femelles qui correspondent au tribut ! répond VÁZQUEZ sans se démonter.
Tous deux savent bien que la véritable richesse d'une ganadería se trouve dans ses reproductrices...
En outre, VÁZQUEZ n'est pas homme de la terre pour rien. Soucieux d'éviter toute fraude qui substituerait certaines bêtes à d'autres, il a pris un luxe de précautions, amenant avec lui, sur le lieu où se fait la perception de la dîme, des mayorals et des connaisseurs en bétail brave. De fil en aiguille, un lot de becerras et quelques añojos sont séparés du troupeau. Masquant sa colère sous une indifférence méprisante, le Comte laisse partir VÁZQUEZ sans un mot.
C'est ainsi qu'en 1790 et 1791 (pendant plusieurs années encore, disent certains... peu probable), la rage au cœur, le Comte doit livrer à VÁZQUEZ un dixième de ses camadas, généralement negro, cárdeno et colorado.
Très vraisemblablement, VÁZQUEZ acquiert aussi, grâce à cette dîme, un supplément de reproducteurs du Marquis de CASA ULLOA, de BÉCQUER et de CABRERA, tous établis dans le secteur d'Utrera, et qui, méfiants envers ce concurrent devenu dangereux, se montrent réticents à lui vendre du bétail.

L'alchimiste de génie...
Une fois les becerros/becerras, añojas/añojos vistahermosa en sa possession, Vicente José VÁZQUEZ les maintient tous à part. Il doit attendre 1 ou 2 ans qu'ils aient atteint l'âge nécessaire pour les tienter, aussi bien mâles que femelles. À partir de 1791/1792, donc, il réalise une sélection extrêmement sévère, ne gardant que les bêtes vraiment supérieures.
Commence alors un soigneux processus de sélection en consanguinité de tout ce bétail visthermosa. Mâles et femelles qui ne supportent pas une tienta rigoureuse ont été rigoureusement écartés. Mais, tant mâles que femelles, la proportion de bravos de grande qualité obtenant la note maximum est exceptionnelle. Si bien qu’il lui suffit de quelques années (combien à peu près ?) pour être en possession d’un ensemble de reproductrices à son goût : quelque 150 vaches "condesas".
C’est alors seulement qu’il se met à les croiser avec le reste de son bétail -a-t-il utilisé aussi des sementales vistahermosa ? on ne sait pas…- Ensuite, il ne se préoccupera plus de l'origine de ses vaches ; tout est probablement mêlé, comme il est d'usage à l'époque (on ne connaît que la mère des veaux, pas le père). Vicente José VÁZQUEZ est ainsi en train de parachever sa vacada en lui insufflant la bravoure des toros "condesos".
Autre touche de génie : il tiente "a campo abierto por acoso y derribo" non seulement les toros mais aussi les vaches : c'est inédit à l'époque. De même, il semble le premier à avoir joué sur la consanguinité pour fixer les caractères qu'il désire retenir : bravoure et agressivité durables, évidemment ; plus d’autres sans doute. Génial empirisme (devenu plus tard monnaie courante) à une époque où la génétique n'est pas encore née et où le grand naturaliste français BUFFON préconise au contraire de "rafraîchir" les sangs… grâce à quoi les éleveurs de chevaux espagnols vont anéantir leur patrimoine particulier… à l'exception des finauds CHARTREUX ! Employaient-ils les mêmes méthodes que Vicente José VÁZQUEZ ? ou plutôt, lui-même s'est-il inspiré d'eux, éleveurs géniaux depuis 1.600 environ ?... Qui peourrait le savoir ?

L'aboutissement
Voici maintenant créée la véritable caste vazqueña : croisement d'un fond frailero, surtout cabrera probablement, par du vistahermosa. Au bout de quelques années d'élevage, Vicente José VÁZQUEZ se rend compte, avec la satisfaction que l'on devine, que ses toros ne sont plus améliorables. Au terme de ses longs efforts, il a obtenu tout ce qu'il voulait : la bravoure, la noblesse et le type. Il a insufflé dans l’âpreté de ses toros la légendaire bravoure des toros "condesos". Il leur a donné un type morphologique homogène. On pourra dire de lui qu’il est un alchimiste du sang brave, un sculpteur d’animaux vivants. Il peut désormais se contenter de maintenir leurs qualités, ainsi que sa grande renommée. On lui prête le défi, ou du moins la fierté, d'avoir dit à ses rivaux ganaderos : "Je possède ce que chacun de vous a de meilleur et qu'aucun de vous n'a pu réunir." On imagine la grimace des autres.
En 1795, Vicente José VÁZQUEZ débute à Sevilla avec 3 toros de son croisement vistahermosa [de son croisement de génie ? ou encore purs vistahermosas, voire purs fraileros ? A partir de becerros de 1790, plus une année ganadera pour avoir des veaux de son croisement, 1795 serait un peu tôt pour avoir déjà des toros de 5 ou 6 ans !]. Il y revient en 1799 avec 14 toros de plus, et en 1800 avec 12.
En un demi-siècle, cet "alchimiste" aura réalisé un subtil dosage entre les produits du Marquis de CASA ULLOA, de Luis Antonio CABRERA, de Juan José BÉCKER [BÉCQUER], et de VISTAHERMOSA. A la sauvagerie des bêtes noires ou berrendas d'ULLOA, à la grande mobilité et à la roublardise des castaños de BÉCQUER, à la grande taille et au poids des sardos, colorados et autres jaboneros de CABRERA, il aura ajouté la bravoure acharnée et la noblesse durable des produits RIVAS - VISTAHERMOSA. Il aura ainsi créé un type particulier de toros correspondant parfaitement aux goûts des aficionados ainsi qu’à la lidia de la fin XVIIIe siècle, de tout le XIXe et du premier tiers du XXe : période au cours de laquelle la muleta et l’expression artistique prennent de plus en plus d’importance pour finalement déboucher sur la corrida moderne qui va éclore avec JOSELITO et BELMONTE.
Mais à cette époque où le concept de toréabilité n'existe pas encore, la grande préoccupation des ganaderos est d'élever un toro brave devant les chevaux des picadors. Ceux-ci sont les rois de l'arène. La corrida est un spectacle sanguinaire et violent où l'héroïsme des hommes est à la mesure de la sauvagerie des toros. Sur ce registre, les vazqueños sont inégalés. Parmi eux, l’histoire garde en particulier le souvenir du toro "LABRADOR", devise blanche et rouge, qui par son acharnement tua le picador Antonio HERRERA CANO (1782-1819) le 14 juin 1819 à Madrid...

Le toro vazqueño : ses pelages

On les retrouve évidemment dans la fiche de la casta vázqueña. Ils sont très variés : ensabanado ; jabonero ; cárdeno ; colorado ; castaño ; berrendo en negro, en colorado, ; sardo ; salinero ; tostado ; et negro. Soit toute la variété des pelages de bravos.

Le toro vazqueño : un luxueux compromis
Toutefois, avec l'apport vistahermosa, Vicente José VÁZQUEZ a aussi introduit la petite tête, les armures plus courtes, la grande quantité de poil noir ou cárdeno, les extrémités fines et le moindre poder. Mais les vistahermosa aux armures réduites prennent beaucoup de piques, "répètent", restent braves et vifs, arrivent clairs et francs jusqu'à l'estocade, pour le plus grand plaisir du public et des toreros, bien qu'ils ne réalisent plus ou presque plus les grandes chutes des autres lignées. Ce défaut est parfois dénoncé par la critique, mais il passe plutôt inaperçu en raison des autres grandes qualités de cette caste, qui tranchent avec le comportement beaucoup moins complet et tellement plus compliqué pour les toreros des célèbres cabrera, gallardo et autres jijón. Par rapport aux toros de son temps, ceux de Vicente José VÁZQUEZ sont plus bas et plus nobles que les cabrera. Plus forts et plus grands que les vistahermosa. Luxueux compromis de ce qui se fait de mieux à l'époque. Avec leur nouvelle bravoure et leur nouvelle noblesse, avec leur brutalité et leur musculature, ses produits donnent largement la réplique à ceux de VISTAHERMOSA. On ne cesse de parler des prouesses des vazqueños dans toutes les arènes, et de sa compétition avec les ganaderías de ses contemporains.
Les années 1814-1820 sont la grande époque de la ganadería. Si forte que soit la demande, la production s'adapte. Et chaque année, il reste encore des toros à lidier : ils continuent de vieillir au campo, acquérant corpulence, poids... et devenant très avisés ; il leur arrive de prendre des colères, de se battre et de s'infliger des cornadas qui en éliminent un certain nombre. Mais ceux qui s'en sortent indemnes sont courus malgré leurs 10 ou 12 ans ! Aussi VÁZQUEZ prend-il soin de les grouper seulement par un ou deux, avec les "jeunes toros" de... 6 ou 7 ans ! Toutefois, en général, les vieux ne donnent plus guère de jeu : ils s'alourdissent et se figent, fuient les chevaux et restent sur la défensive. Ils font vivre un enfer aux toreros, leur faisant passer las de Caín (oui, oui : de Caïn).

Un mundillo picaresque
Le mundillo est picaresque. Des picadores envoient à Vicente José VÁZQUEZ une lettre entre humour noir et dérision, signée par le picador Luis CORCHADO. Elle dit qu’ils ont piqué toute une corrida de chez lui "en chaussettes de soie" [= sans protection métallique] et avec 1 seul cheval. Le ganadero considère cette lettre comme un défi. Ne manquant pas de choix, il trie quelques-uns de ses "jolis" toros, certainement parmi les plus vieux et les plus "savants" [on dit d’un toro très difficile qu’il connaît le latin et le grec] en se disant : "Ah ! Si je pouvais me mettre dans l’un de vous [toros!], et rabattre le caquet de ce CORCHADO !" Puis il écrit au picador : "Je vous envoie quelques becerros (!) pour vous amuser un peu au Puerto [de Santa María]."
Ce CORCHADO n'est pas n'importe qui. Il est célèbre pour avoir piqué tout seul une corrida de 22 toros (oui, 22 !) sans jambe de fer pour se protéger et, qui plus est, avec un seul cheval, sorti indemne du combat !... Le voici (?) en photo, piquant "a caballo levantado"... plut$ôt manqué, d'ailleurs ! Mais si c'est bien lui sur cette photo, il a dû piquer fort longtemps après la mort de Vicente José VÁZQUEZ (1830) pour avoir un tel instantané !...
"Pour vous amuser un peu au Puerto..." En effet. Après quelques sérieuses mauvaises chutes au premier "becerro", le second envoie CORCHADO à l’infirmerie d’où il ne peut pas ressortir, jambe cassée, de sorte que ses compañeros paient les pots cassés sans en tirer le moindre bénéfice. Au quatrième toro, il y a plusieurs blessés. Bref, dans l’ensemble, les 6 paons [on appelle paon un toro immense et impressionnant] ont dû ressembler à ce "CHAPARRO", lidié à Sevilla en 1817, et qui, bien que mogón [corne dépointée, arrondie] pour cause de maladie, fit de tels dégâts dans la cavalerie et ratiboisa tellement les picadors que, pour achever la corrida, il fallut faire descendre en piste quelques picadors présents dans les gradins en spectateurs. Ils durent s’habiller dans l’infirmerie avec les tenues des blessés... Les exploits de "CORNE ET DEMI", surnom donné par le public à ce toro, ont été immortalisés par des romances.

L'opulence
On dit que Vicente José VÁZQUEZ parvint à réunir sur ses terres la ganadería la plus conséquente de toute l'histoire brava avec, en 1818, 13.000 têtes, dont quasiment 2.000 toros entre 5 et 13 ans et 8.000 vaches reproductrices. Mais tout ce bétail n'est pas strictement du bravo de haute qualité ; l'exploitant agricole a besoin de boeufs et l'intendant aux armées doit nourrir son monde !... Toutefois, à sa mort, en 1830, le troupeau s'est considérablement réduit ; encore que l'inventaire réalisé fasse alors apparaître un très estimable total de 4.792 têtes... mais que de bravos ? D’après des archives madrilènes, il laisse 3.923 têtes... que de bravos ? Près de 5.000 animaux, dont 1.000 vaches braves et 300 toros braves, disent des sources assez fiables, représentant une valeur de 2 millions de réaux.
Un tel cheptel ne peut pas vivre dans un seul lieu. Le bétail est réparti à peu près dans toutes les fincas (on en comptera jusqu'à 35 !), mais il se concentre surtout à : CASALUENGA à La Rinconada, MATALLANA à Alcalá de Guadaíra et CASA DE NEVE à Aznalcázar. A elles 3, elles abritnt dans les 60% de la ganadería de Vicente José VÁZQUEZ. Les machos de lidia -toros et utreros- sont dans les fincas marismeñas de Coria del Río et Dos Hermanas ainsi qu'à CASALUENGA. Las "vaches de ventre", quant à elles, sont dans les fincas d'Alcalá de Guadaíra et Aznalcázar. Mais le lieu le plus important pour la ganadería de lidia est le cortijo (ferme) et la dehesa (pâturages) de CASALUENGA ; c'est là qu'ont lieu l'herradero (ferrade) et le tentadero (tienta) des erales. _ A noter : il dispose toujours de la finca "EL TORUÑO", promise à un grand avenir ganadero.

Le foyer de la ganadería
Arrêtons-nous un peu sur le magnifique cortijo de "CASALUENGA", à La Rinconada, au nord de Séville, qui est devenu le centre taurin de Vicente José VÁZQUEZ, avec ses 3.300 hectares. Le domaine est loué aux chartreux en 1814 [il semble que le ganadero Pedro Luis ULLOA y HALCÓN de CALA, IIIe comte de VISTAHERMOSA ait été le loueur précédent, et qu’il ait dû arrêter pour raisons financières]. Il est acheté en 1821 en profitant du désamortissement de Mendizábal [= mise aux enchères publiques de terres et de biens improductifs réputés inaliénables, généralement détenus par les ordres religieux, qui les avaient accumulés par le biais de nombreux legs ou donations]. Au retour de l’absolutisme (sans doute celui de 1823), il faut rendre "CASALUENGA" aux moines ; mais Vicente José en reste fermier. Notons qu'à Utrera, Vicente José possède aussi les cortijos "VALCARGADO" (550 hectares, acheté au Conde de VISTAHERMOSA), "JAIME PÉREZ" et "EL TORUÑO" [aujourd’hui aux GUARDIOLA].

Les yeux plus gros que le ventre ?
On peut mesurer la trajectoire de la ganadería de Vicente José VÁZQUEZ avec quelques chiffres. Elle comprend : 495 têtes en 1779, 682 en 1782 et 4.058 en 1830 !...
On peut mesurer aussi, plus encore que sa seule fortune, la qualité reconnue à ses toros à travers l'évolution de leur prix et de leur nombre à Séville et Madrid. Exemples :
° On passe de 500 réaux le toro en 1779, à 1.500 réaux en 1830.
° Il vend à la REAL MAESTRANZA DE CABALLERÍA DE SEVILLA : en 1795: 3 toros à 1.400 réaux l'un ; en 1799: 22 toros à... 2.500 réaux (erreur de frappe ?) ; en 1.800: 12 toros à 1.500 réaux. En 1.829, il y vendra encore au moins 6 toros (avec devise blanche) le 4 mai, comme en témoigne cette affiche.
° Il vend aux arènes de la Puerta de Alcalá de Madrid, propriété des Hôpitaux Généraux de la capitale : en 1.800: 23 toros... en 1802: 2... en 1.803: 2... en 1.804: 2... 1.815: 27... en 1.816: 30... en 1.817: 31... en 1.818: 23... en 1819: 16... en 1.820: 22... en 1.821: 10... en 1.822: 16... en 1.825: 17... en 1.829: 5... en 1.830: 5. [Sa Testamentaría (exécuteurs testamentaires) y vendra : en 1.831: 2 toros... en 1.832: 16... en 1833: 4. Et plusieurs années après la mort de Vicente José, on précisera encore, à côté du nouveau nom de l'élevage : antes de Vicente José VÁZQUEZ, tellement la réputation des veraguas est immense.]

Notons que la fin de parcours est un peu de baisse, ce qui confirme le soin moindre que Vicente José vieillisant apporte à ses toros...

La transmission
L'inventaire du troupeau de Vicente José en mars 1830, soit un mois après sa mort, montre que la ganadería est répartie dans 11 fincas situées sur le territoire de 7 communes. Comme il a pris du recul en vieillissant, il est certain que les chiffres de cet inventaire sont bien au-dessous de la réalité au temps du meilleur de la ganadería.
Ledit inventaire fait apparaître :
° (361 boeufs, 41 cabestrs, 218 novillos castrés),
°249 toros de plus de 3 ans, 285 utreros, 548 erales, 645 añojos, 1.124 vaches de plus de 3 ans, 383 utreras, 296 eralas, 706 añojas,
--> soit 4.236 têtes
° [sans compter les boeufs, les cabestros et les novillos castrés = 620 têtes : ce qui ferait alors 4.856 têtes en tout].

L'un des plus grands admirateurs de Vicente José VÁZQUEZ est le roi FERNANDO VII lui-même, très aficionado aux fêtes des toros. En plus, il a rendu des services à la couronne au temps des guerres napoléoniennes. Raisons pour lesquelles le roi lui accorde le titre de Vicomte de SAN VICENTE, puis, en 1819, celui de Comte de GUADALETE (fleuve qui borde la Chartreuse de Jerez)... en échange de l'annulation des dettes contractées par la couronne royale au titre des fournitures à l'armée ! Ne dit-on pas que les situations dans lesquelles les choses vont le mieux sont celles où l’intérêt vole au secours de la vertu ?...
Mais en 1830, après la mort de Vicente José VÁZQUEZ, la situation est inversée : c'est lui qui a des dettes envers la couronne ! Il doit des fermages. L'acquisition de la fine fleur de sa ganadería auprès de sa TESTAMENTARÍA, couvrira largement les dettes (300.000 réaux ?).

On ne sait pas trop si Vicente José a vendu du bétail à d'autres ganadersos, en dehors de 2 achats successifs d'Antonio MERA, domicilié à Vejer de la Frontera (Cádiz) : quelques têtes (vaches et sementals) en 1824, puis en 1826. Antonio MERA achètera encore un lot, entre 1830 et 1832, à la TESTAMENTARÍA DE V. J. VÁZQUEZ.


Les événements


Date : 1779
Date : 1780
  • Cession de bétail :
    L'élevage AUGUSTINS de Carmona vend ŕ l'élevage Vicente José VÁZQUEZ la totalité de ses tętes de bétail (encaste toros de la tierra d\'Andalousie).
    Pour tel ou tel, Gregorio VÁZQUEZ acquiert encore (après un premier achat) la totalité de la ganadería des AUGUSTINS de Carmona... mais celle-ci est attestée jusqu'en 1780, et lui est mort depuis 2 ans déjà ! Dès lors, cette acquisition semble assez douteuse. Mais elle n'est pas impossible s'il s'agit seulement d'une partie, éventuellement importante, de cet élevage... ou bien, et mieux ! si cette acquisition est le fait de son fils Vicente José VÁZQUEZ : ce sera notre option. On date donc cet achat de 1780.

  • Remarques :
    Contre la volonté de Benito ULLOA y HALCÓN de CALA, 2e conde de VISTAHERMOSA, Vicente José VÁZQUEZ se procure des vaches par l'intermédiaire du clergé sévillan : celui-ci perçoit une dîme en nature et, malgré le Conde, il accepte de céder à Don Vicente un certain nombre de têtes par le biais du fermage de cette dîme. Le Conde aurait bien cédé des becerros ; il alléguait (hypocritement ?) qu'ils donneraient plus de rendement. Mais Don Vicente, lui, voulait obstinément des vaches… C'est ainsi qu'il y aura du vistahermosa dans le mélange que constitue la caste vázquez : afin d'en améliorer la bravoure.

Date : entre 1780 et 1800
Date : 1820
Date : 1824
  • Cession de bétail :
    L'élevage Vicente José VÁZQUEZ vend ŕ l'élevage mera quelques reproducteurs (encaste vázquez).
    Il s'agit de quelques têtes : vaches et sementals.


Date : 1826
  • Cession de bétail :
    L'élevage Vicente José VÁZQUEZ vend ŕ l'élevage mera quelques reproducteurs (encaste vázquez).
    Il s'agit de quelques têtes : vaches et sementals.


Date : le 01/03/1830
  • Cession de bétail :
    L'élevage Vicente José VÁZQUEZ transfčre ŕ l'élevage TESTAMENTARÍA DE VICENTE JOSÉ VÁZQUEZ la totalité de ses tętes de bétail (encaste vázquez).
    Vicente José VÁZQUEZ meurt le 10/11 (25?) février 1830. A défaut d'autres précisions, on date ici la prise en charge de la ganadería par ses exécuteurs testamentaires (Testamentaría) au 1er du mois suiant : en effet, la mise aux enchères des toros date de mars 1830.

  • Dissolution :