FICHE ELEVAGE

Hermanos RIVAS

Plan : 00.01



Nous avons assez peu d'informations sur cet élevage décisif pour l'avenir ; nous ignorons en particulier à quand il remonte exactement -l'attestation la plus ancienne est de 1733, et elle suppose une existence antérieure-, avec quelles sources de bétail exactement, et avec quel fer. Voir cependant le travail des Hermanos RIVAS et la caste dite ici toros de la tierra d'Andalousie. Une bonne part du bétail, voire sa totalité, est achetée entre 1770 et 1774 [en 1775, disent certains] par le 1er conde de VISTAHERMOSA. Cet élevage a donc duré au moins 41 ans (1733-1774), mais en réalité certainement une 50aine d'années, ce qui est considérable.

Les données classiques
En mai 1733, Alonso Gregorio DOMÍNGUEZ RIVAS, par ailleurs "pénitent", est le premier RIVAS connu à faire courir des toros à Sevilla, dans une arène située sur le monticule du BARATILLO (ou MAL-BARATILLO ?)... sur lequel sera édifiée, à partir d'octobre de cette même année, la future REAL MAESTRANZA ! En 1739, un certain Francisco DOMÍNGUEZ RIVAS y aurait aussi vendu des toros. En 1746, on retrouve le nom d'un ganadero RIVAS aux fêtes royales de Sevilla données à l'occasion du couronnement de FERNANDO VI ; les nobles SAAVEDRA y font du rejoneo... Juan RODRÍGUEZ, boucher fameux et probable grand-père de "COSTILLARES" [le fondateur de la tauromachie moderne avec PEPE HILLO et Pedro ROMERO], y est blessé... Une affiche en possession de Juan Pedro DOMECQ SOLÍS [cf. son livre de 2009 : DEL TOREO A LA BRAVURA, p.22], indique encore qu'un toro de "D. Thomas de RIVAS" doit être couru à la Maestranza de Sevilla le 30 avril ou le 2 mai 1763, avec une devise rouge (encarnada).

De riches compléments
Quant à l’origine des toros des RIVAS, on trouve diverses études qui donnent lieu à plusieurs théories. Pour URIARTE, ils ont la même origine que les toros de leurs contemporains ganaderos d’Utrera : les dîmes données aux religieux pour leurs œuvres sociales par les grands propriétaires. Pour d’autres commentateurs, plus récents, tel Domingo DELGADO de la CÁMARA, ils viennent tout simplement des toros qui paissaient librement dans le campo andalou. Pour cela, ils se basent principalement sur le fait que les pelages noirs sont dominants et que ce bétail est, par rapport au bétail de lidia de l’époque, uniformément de petite taille (fenotipo elipométrico) ainsi que de cornes et de forces limitées : s’il provenait des diverses dîmes, pensent-ils, il serait beaucoup plus varié de pelages et de tailles, tel celui des Chartreux de Jerez et autres.
On peut encore ajouter que les toros des RIVAS se distinguaient aussi par la noblesse de leurs charges, chose quasi impensable chez toutes les autres souches de toros de lidia de l’époque, qu’elles soient navarraise, castillane ou jijona, ou andalouse ; le plus important était alors le jeu que donnaient les toros jusqu’aux banderilles, c’est-à-dire leur jeu dans l’attaque des picadors. D’ailleurs, il faudra attendre la fin du XVIIIe siècle et l’évolution des goûts du public pour que les toros des RIVAS et de leurs successeurs sortent de la sphère régionale, paraissent à Madrid et y soient demandés par les toreros comme par le public.
Les deux théories semblent avoir chacune leur part de vérité. D’un côté, il y avait de grandes différences de pelages et de taille entre les toros de Jerez, provenant des Chartreux, et ceux des Dominicains, lesquels d’ailleurs réalisaient toujours une première sélection dans le bétail qu’ils recevaient. Mais en même temps, les aficionados andalous ont toujours préféré les bêtes plus petites et de pelage noir : il se peut que les religieux -on les sait grands et magnifiques éleveurs- aient sélectionné dans ce sens ! Qu’en conclure ?... De toute façon, ce sont les toros vivant à l'état sauvage de fait en Andalousie qui sont la source de tous les toros andalous. Si ceux des RIVAS présentent des caractéristiques morphologiques et de comportement particulières, cela peut être dû soit à un troupeau source original, soit à tout un long travail de sélection... soit à une addition des deux.

Ébauche d'une histoire de la ganadería des RIVAS
Les premières mentions de l’élevage des RIVAS se rapportent à un certain Alonso Gregorio DOMÍNGUEZ RIVAS, habituellement simplifié en Alonso RIVAS. C’est sous ce nom qu’il apparaît lors des "fiestas de cañas" célébrées à la Maestranza de Séville les 5 et 7 mai 1733, puis à celles du 26 mai suivant pour la saint Philippe. 1733 est précisément l’année où sont désaffectées les anciennes arènes, de forme carrée ou rectangulaire, au profit de celles du mont Baratillo (probablement dépôt d’ordures de la ville, jusque là), à peu près rondes et qui deviendront, en 1761, après divers aménagements la Maestranza que nous connaissons aujourd’hui.
Ainsi est-ce en mai 1733 que les toros d’Alonso RIVAS sont courus pour la première fois à la Maestranza. Comme il est alors de coutume, il y a aussi d’autres ganaderías ; ce jour-là : viuda de COPERO, Antonio QUINTANILLA, marqués de MEDINA, Pedro RUANO et conde del ÁGUILA. Par contre, les 14 et 15 novembre de cette même année, où sont courus 40 toros, piqués par le fameux Juan MARCHANTE et ses frères, pas de toros de RIVAS. Sont seuls mentionnés GIL de VIRÚES, de Jerez ; Juan FERNÁNDEZ de HINESTROSA, d’Utrera ; et Luis PONCE de LEÓN, marquis de MEDINA.
En 1734, toujours à Séville, aux fêtes de printemps célébrées les 7 et 9 juin, on court 53 toros venant de : IBARBURU, Francisco MUÑOZ, marquis de la CUEVA del REY, Alonso de MONSALVE, marqués de MEDINA [donc Luis PONCE de LEÓN], condesa de CASA ALEGRE et Alonso RIVAS. S’y ajoutent 30 toros amenés par les frères MARCHANTE depuis leurs terres "de Medina-Sidonia" (= "asidonenses") dans la province de Cádiz. Parmi les matadors engagés, probablement tous professionnels, un seul est mentionné : le sévillan Miguel CANELO, qui touche 2.100 réaux.
Sans doute en raison de leur proximité, de la facilité de leur déplacement et de leur bon jeu, les toros de la famille RIVAS vont finir par participer à la majorité des événements taurins de Séville ainsi que des localités voisines, et ce pendant plus de 40 ans, acquérant de jour en jour davantage de renommée et d’importance.
Malgré le peu de données sur le type, le trapío, la bravoure et le jeu des toros des RIVAS dans les arènes où ils se lidiaient, il est établi qu’ils étaient bien considérés. L’excellent chercheur Antonio CASTILLO fait état de sa découverte d’un feuillet datant du passage du XVIIIe au XIXe siècles, intitulé Disertación sobre las corridas de toros, dont l’auteur est un anti-taurin passionnel appelé José VARGAS PONCE. Dans l’appendice, il cite une lettre que lui avait remise un certain Francisco de PRUNA, et dont il extrait le passage suivant : "Pour les fêtes royales célébrées à Séville en 1746 à l’occasion du couronnement de notre seigneur Fernando VI, deux chevaliers appelés SAAVEDRA ont toréé en rejoneo plusieurs toros de 5 et 6 ans qui étaient de la caste des RIVAS, de Dos Hermanas, considérés comme les plus célèbres d’Andalousie." Quand Antonio CASTILLO parle de "caste", le sens du mot est plus large qu’actuellement : il se rapporte simplement à des toros de bonne caste c’est-à-dire élevés avec soin.
Cela montre bien que, dès cette époque (1746), l’élevage des RIVAS est déjà constitué et lidie des toros de façon habituelle en basse Andalousie, bien que n’ayant pas encore paru à Madrid. On peut raisonnablement en déduire qu’ils pratiquaient déjà une certaine sélection assortie d’un mode de tienta, ce qui les rangerait parmi les pionniers de l’élevage du toro brave.
Le même feuillet explique le type de toro qui était considéré comme "bravo" ou "bravísimo" et que l’on appelait alors "especialísimo". Ce toro très spécial, ou très spécialisé, en raison de sa bravoure avait donc un comportement très particulier par rapport au comportement habituel des bovins… ce qui vient sérieusement conforter la probabilité d’un mode de sélection chez les RIVAS. Voici donc la description donnée par le feuillet : "Le toro especialísimo est celui qui charge immédiatement le cheval et qui persévère dans sa poussée même quand la pique pénètre beaucoup. Il sait donner des coups de corne, il a beaucoup de force, il repart sans cesse sur le picador qui l’appelle, ne retardant sa charge qu’après bien des piques, et tant que le picador est devant lui, il le regarde sans jamais détourner la tête." Le toro n’est alors jaugé que sur les piques. Inventée le 16 août 1720 à San Roque, près de Gibraltar, par Manuel BELLÓN "EL AFRICANO" et perfectionnée par Francisco ROMERO (1700-1763), la muleta va peu à peu faire évoluer la corrida, ainsi que la notion de bravoure et les modes de sélection du toro.
En mai 1754, le roi Fernando VI interdit les corridas par décret royal. La prohibition se maintient 5 ans : jusqu’au décès du roi, en 1759. La Maestranza sévillane est surtout construite en bois ; inutilisée pendant tout ce temps, elle se détériore à tel point qu’une grande partie devra être vendue comme bois de chauffage ou de construction, sans parler des clous récupérés. Le nouveau roi, Carlos III, met fin à l’interdiction. Après une restauration, la Maestranza est réinaugurée les 5, 6, et 7 novembre 1759 : on y trouve mention des toros de Francisco RIVAS (son frère aîné Alonso pourrait être mort entre temps). En 3 jours, on tue 37 toros de chez : José MAESTRE, conde del ÁGUILA, marqués del CASAL, Pedro de CÉSPEDES, Francisco del RÍO et Francisco RIVAS. Les picadors engagés sont : le fameux Juan de AMISAS (ou de MISAS, selon d’autres affiches), d’Utrera mais habitant Triana, son frère Francisco, et Lorenzo RAMOS. Les matadors –appelés estoqueadors- sont les sévillans du quartier de San Bernardo Juan Miguel RODRÍGUEZ, son frère Joaquín RODRÍGUEZ "COSTILLARES" et un troisième, d’Utrera mais de nom inconnu.
En 1760, on répète les mêmes ganaderías les 8, 10, 17 et 19 mai, mais avec, cette fois, 83 toros. Picadors et matadors–estoqueadors sont aussi les mêmes. S’y ajoutent comme matadors les fameux frères sévillans PALOMO : Juan, Pedro, Manuel et Félix ; travaillant dans la cavalerie des arènes, ils sont soutenus par les Caballeros Maestrantes, propriétaires des lieux.
En 1761, pas de toros des RIVAS à la Maestranza.
En 1762, le benjamin, Tomás DOMÍNGUEZ RIVAS, prend à son tour les rênes de l’élevage, ses aînés étant décédés. Il lidie à la Maestranza au cours des fêtes de printemps, célébrées les 22 et 24 avril, avec une devise rouge (encarnada). Ses toros sont annoncés "Tomás RIVAS, de Dos Hermamans ". Il y a 40 toros. Les autres ganaderos sont : Pedro de CÉSPEDES, José MAESTRE, conde del ÁGUILA, viuda doña Bárbara de la villa de Olivares, Antonio SANABRIA, conde de GERENA, marqués de GELO, Andrés Félix de IBARBURU y duque de MEDINA SIDONIA. Les picadors sont le Sévillan Mateo GÓMEZ, Fernando del TORO (d’Almonte, Huelva) et Cristóbal RABISCO (d’Arcos de la Frontera, Cádiz) –lequel est appelé Juan par erreur dans les annales du marquis de TABLANTES-. Et comme matadors : les frères Juan Miguel y Joaquín RODRÍGUEZ "COSTILLARES", José Cándido EXPÓSITO (de Cádiz) y Juan ROMERO (de Ronda, Málaga).
Après cette présentation à la Maestranza, Tomás RIVAS continue à lidier ses toros sous son nom, à Séville et aux alentours, jusqu’à sa mort en 1764. Il aura maintenu leur prestige.
A partir de 1765, c’est son neveu, Tomás Dionisio RIVAS, fils du frère aîné Alonso, qui hérite de tous ses biens, ganadería y comprise. Il continue à lidier comme son oncle. C’est sans doute lui qui figure, par erreur, dans les annales du marquis de TABLANTES sous le prénom de Martín. Selon ces mêmes annales, les 29-30 juin et 1er juillet 1773, des toros de Tomás RIVAS sont lidiés à la Maestranza avec devise rouge et blanche, en compagnie de toros d’autres élevages importants : Pedro Manuel de CÉSPEDES, Juan de TOLEDO, Alonso BELMONTE, conde del ÁGUILA, Antonio MAESTRE, conde de MEJORADA, marqués de TABLANTES, Antonio ROMERO, Diego CABELLO et GILES de la RINCONADA. Les picadors sont : Antonio GALIANO (de Cádiz), Juan de ESCOBAR (de Manzanilla, Huelva) et Luis PARRA (de Villanueva del Ariscal, Sevilla). Et les espadas : Manuel PALOMO (de Utrera, Sevilla), Cristóbal ROSADO (de Ronda, Málaga), Nicolás de los REYES (de Sevilla) y Manuel LÓPEZ (de Córdoba).
Tomás Dionisio maintiendra la prestigieuse renommée de sa ganadería une dizaine d’années : jusqu’à la vente au 1er conde de VISTAHERMOSA entre 1770 et 1774 [ou en 1775 ?].
Une question se pose : le 1er conde de VISTAHERMOSA a-t-il acheté toute la ganadería ou seulement une grande partie ? Ce n’est pas très clair. Toujours est-il que la dernière fois où des toros de Tomás (Dionisio) RIVAS sont lidiés à Séville date de 1773 ; ils portent une devise rouge et blanc, pour les distinguer des toros du conde del ÁGUILA qui ont plus d’ancienneté et portent déjà une devise rouge. Il ne serait pas invraisemblable que Tomás RIVAS se soit gardé quelques toros de divers âges pour pouvoir lidier pendant quelques années encore, mais ce n’est attesté nulle part. Par contre, à partir de 1776, les Annales du marquis de TABLANTES sur la Maestranza de Séville ne font plus la moindre allusion aux toros des RIVAS.
Au moment de l'achat par VISTAHERMOSA, il y a déjà une 40aine d’années d’excellente sélection, et probabblement une 50aine si l'on tient compte du fait que venir à Séville en 1733 supposait l'acquisition préalable d'une réputation. C’est dire que, si les VISTAHERMOSA ont donné leur nom à cette caste fondamentale et formidablement accru son prestige, ses authentiques créateurs sont en fait les RIVAS. On ne devrait jamais dissocier les VISTAHERMOSA et les RIVAS...

L'élevage des RIVAS jouissant d'une bonne réputation continue, on comprend qu'il ait attiré l'attention de Pedro Luis ULLOA CALÍS REINA, 1er des condes de VISTAHERMOSA -ainsi que de son fils et successeur Benito ULLOA HALCÓN de CALA-, qu'il se porte acquéreur et qu'il fasse tout pour acheter, en 1770/1774 [en 1775 ?]. En une fois ou en plusieurs ? On ne sait pas, mais rien ne donne à penser que ce pourrait être en plusieurs.
[ne pas confondre ces deux personnages avec leurs cousins Benito ULLOA LEDESMA SANABRIA, Marqués de CASA ULLOA et Benito ULLOA PONCE de LEÓN, son fils, dont le nom est lié à la caste cabrera]


Les événements


Date : 1733
  • Cession de bétail :
    L'élevage vend à l'élevage Hermanos RIVAS une quantité inconnue de têtes de bétail (encaste toros de la tierra d\'Andalousie).
    La date choisie ici est celle où l'on trouve la première trace de cet élevage (cf. Hermanos RIVAS) ; en fait son existence est probablement bien antérieure.
    On ignore la nature exacte du bétail acquis par les Hermanos RIVAS : toros sauvages paissant sur leurs propriétés ? toros achetés à des propriétaires de la région ?? bétail venant de la dîme payée en nature par les nobles possédants aux ordres religieux d'Andalousie ??? voire d'autres régions (peu probable, encore que l'on trouve déjà un troupeau navarrais à Rota dès avant 1762 : celui du curé, Marcelino BERNALDO DE QUIRÓS y GALLÉ)????... En tout cas, on sait qu'il y a encore aux 15e/16e siècles (?) de grands troupeaux sauvages qui paissent librement du côté de TARIFA, sans parler de ceux de la marisma du Guadalquivir ; ils sont, à n'en pas douter, au moins une souche majeure et quasi exclusive, de tout le bétail bravo andalou.
    Voici tout de même ce que dit Juan José ZALDÍVAR ORTEGA dans son livre de 2010 : "GALLARDO, apellido con casta y solera" :
    Ils avaient l'habitude d'acheter à vil prix du bétail isolé ou de petit troupeaux d'origines les plus diverses, et de les mettre tous ensemble sur leurs terres. Ils ont fini par rassembler un troupeau considérable. De façon inespérée, ce mélange hétérogène aurait donné, par hasard, beaucoup de sauvagerie, d'agressivité, de bravoure, qu'un début de sélection aurait cultivées. C'est fort vraisemblable et séduisant, mais est-ce dit par seules déductions hypothétiques ou à partir de sources ?... En tout cas, on voit que la future caste vistahermosa prend ses sources exactement au même endroit que les futures castes cabrera, gallardo et vázquez (celle-ci étant un mélange des précédentes). C'est donc la sélection, même très empirique, des débuts, jointe aux effets du hasard, qui a initié les grandes différences de type et de comptement entre les castes, étant entendu que ces différences n'ont cessé de se creuser depuis plus de 2 siècles, au fur et à mesure que la sélection devenait toujours plus rigoureuse.

  • Création :
    • du lieu finca "?" sur la commune DOS HERMANAS (Sevilla) par l'éleveur Hermanos RIVAS

  • Création :


Date : entre 1770 et 1774